Qi-Gong : théorie et philosophie 15 septembre 2026

Le « Qi Gong des paysans chinois » : une série tonique au service de la circulation de Qi dans la colonne vertébrale

Une transmission précise

La série du Qi Gong des paysans chinois que je pratique et que j’enseigne m’a été transmise par Bruno Rogissart, fondateur de l’ITEQG (Institut Traditionnel d’Enseignement du Qi Gong). C’est une série que je connais particulièrement bien puisqu’elle faisait partie des enchaînements que j’avais choisis de présenter lors de l’examen pédagogique de mon diplôme de troisième année. Ce passage par l’examen n’est pas un détail anecdotique : il implique d’avoir décortiqué chaque mouvement, d’en comprendre la logique interne, les points d’appui énergétiques et la respiration associée, au point de pouvoir les transmettre à d’autres avec justesse.

Une précision s’impose d’emblée, car elle revient souvent en cours : sur YouTube circulent des vidéos portant le même nom, « Qi Gong des paysans chinois » (ou des variantes proches). Il ne faut pas les confondre avec la série présentée ici. Ces vidéos relèvent en réalité d’une pratique différente, plus proche du Yi Jin Jing, dont l’objectif est le renforcement des muscles et des tendons dans une logique d’entraînement physique. L’appellation populaire semble s’être diffusée assez librement sur internet, recouvrant des contenus hétérogènes qui n’ont pas de filiation directe avec la série codifiée que j’ai apprise, et qui est proposée ici.

Une pratique de Wei Dan : l’approche externe des arts martiaux

Cette série appartient à la famille du Wei Dan, c’est-à-dire à l’approche dite « externe » du Qi Gong, historiquement liée aux arts martiaux. On l’oppose traditionnellement au Nei Dan, l’alchimie interne, plus associée aux pratiques taoïstes des monts Wudang, où le travail se fait davantage dans la douceur et l’intériorisation, la visualisation et la circulation subtile de l’énergie sans support musculaire aussi marqué que dans le Wei Dan.

Les Wei Dan Qi gong construisent la porte d’entrée vers l’énergie à partir du corps physique : la tension et le relâchement musculaire, l’étirement des tendons, la mobilisation des fascias, servent de véhicule à la circulation du Qi. Le Qi Gong des paysans chinois se ressent donc d’abord dans la chair, avant de se ressentir dans le souffle subtil — même si, bien sûr, les deux dimensions ne sont jamais séparées.

Cette série du Qi gong des paysans chinois est un exemple assez typique : elle sollicite fortement le haut du corps, en particulier les bras, les poignets et les épaules, avec des phases de contraction volontaire (le poing qui se ferme, le bras qui se tend, le poignet qui se « casse ») suivies de phases de fermeture entre les exercices, qui sont à chaque fois l’occasion d’un relâchement conscient.

Une série tonique, mais pas seulement musculaire

Le premier effet perceptible de cette pratique est en effet sa tonicité. Contrairement à certaines formes de Qi Gong très lentes et intériorisées, cette série se pratique les yeux bien ouverts, et met le corps au travail : jambes tendues dans certains mouvements, poings qui se ferment et s’ouvrent, bras qui se déploient en grands cercles, rotations de buste, appuis sur une seule jambe. Un peu comme dans les Ba Duan Jin (ou 8 pièces de brocart), les muscles, les tendons et les fascias — notamment ceux des bras et des poignets, très sollicités tout au long de l’enchaînement — sont clairement mis à contribution. On y retrouve d’ailleurs cette gestuelle caractéristique du travail des poignets « cassés », des doigts qui s’ouvrent et se referment, des bras qui s’étirent jusqu’au bout des dix doigts.

Mais réduire cette série à un renforcement musculaire serait passer à côté de l’essentiel. Ce qui la rend particulièrement intéressante, c’est le travail très précis qu’elle propose sur la circulation de l’énergie dans l’axe vertébral. D’un mouvement à l’autre, l’attention est sans cesse ramenée vers la colonne : le Wei Lü en bas, le Ming Men dans les lombaires, le Jiaji entre les omoplates, le Dazhui à la base du cou, le Yuzhen à l’arrière du crâne, jusqu’au Baihui au sommet de la tête. La première séquence de la série, le balayage des trois Dan Tian appelé « ouverture des trois portes » (San Guan), pose d’emblée ce cadre : on fait circuler le souffle et l’intention le long de cet axe, du bas vers le haut, en ouvrant successivement les trois foyers.

Cette insistance sur la verticalité de la colonne et la montée du Qi le long de l’axe central n’est pas sans évoquer certaines pratiques de tantrisme et de kundalini yoga, où l’on travaille de façon comparable l’éveil et la montée d’une énergie le long de la colonne vertébrale, à travers des centres successifs qu’on pourrait rapprocher, avec toute la prudence qu’impose la comparaison entre deux traditions distinctes, des chakras. Sans vouloir plaquer artificiellement un système sur un autre, il est frappant de constater à quel point différentes traditions corporelles et énergétiques, sur des continents et dans des cultures différentes, ont identifié la colonne vertébrale comme l’axe privilégié de la circulation de l’énergie vitale, et ont développé des techniques similaires — souffle, intention, mouvement — pour accompagner cette circulation.

Les points d’attention classiques

Comme pour toute pratique de Qi Gong, quelques principes fondamentaux doivent rester présents à l’esprit tout au long de l’enchaînement, quel que soit le niveau du pratiquant :

L’enracinement. Les jambes, les pieds, les appuis au sol sont la base de toute la structure. Que l’on soit en fentes, en posture du cavalier (Mapu) ou en appui sur une seule jambe comme dans le mouvement du faisan doré, l’énergie qui circule dans les bras et le buste prend sa source dans un ancrage stable au sol. Sans cet enracinement, les mouvements amples des bras et les rotations du buste perdent leur assise et deviennent superficiels.

Le souffle. Chaque mouvement est associé à une phase respiratoire précise, et cette association n’est pas arbitraire : l’inspiration accompagne le plus souvent les phases de saisie, de fermeture, de montée d’énergie ; l’expiration accompagne l’ouverture, le relâchement, la descente. Respecter cette coordination souffle-mouvement participe à ce qui transforme une simple gymnastique en véritable Qi Gong.

Le regard. Le regard n’est jamais neutre dans cette série : il précède ou accompagne le mouvement, comme dans « la licorne chasse le dragon », où l’on ne quitte pas le dragon des yeux, pendant toute la rotation de la tête et la torsion de la colonne. Le regard ferme et déterminé oriente l’intention (le Yi), qui elle-même oriente la circulation du Qi. Dans cet exercice, l’intention est clairement de mettre de l’ordre dans les pulsions instinctives du dragon. Ce n’est pas un regard furieux ou agressif, simplement un regard intense et concentré.

La lenteur. La tonicité de cette série ne doit pas se transformer en précipitation. La lenteur du geste permet de ressentir les points d’appui énergétiques évoqués plus haut, et d’éviter que le travail musculaire ne prenne toute la place au détriment du ressenti interne.

Ne pas forcer. C’est sans doute le point le plus important, en particulier dans une série qui sollicite autant les articulations et les tendons. Les tensions doivent rester des tensions justes, jamais des crispations. Les genoux, par exemple, ne doivent pas être forcés en flexion dans certains mouvements ; les épaules ne doivent jamais être bloquées en position haute ; le bas du dos doit rester relâché même dans les postures les plus engagées. Le corps travaille, mais il ne lutte pas. Application directe du principe de Wu Wei.

La fermeture entre les exercices selon la signature du Shaolin

Un élément structurel mérite une explication à part : entre chaque série d’exercices, on retrouve systématiquement un temps de relâchement appelé Fang Song., après le mouvement de fermeture. Concrètement, ce geste de fermeture Shou gong, spécifique à la tradition de Shaolin, n’est pas un simple temps de repos entre deux mouvements : il a une fonction énergétique précise, celle de refermer proprement une séquence avant d’en ouvrir une nouvelle, un peu comme on tournerait une page avant d’en commencer une autre. Cette fermeture est empreinte de dignité, et de détermination, comme dans les arts martiaux dont elle procède.

Un parcours en douze mouvements

La série se déploie en douze exercices, dont voici les grandes lignes.

1. Balayer les trois Dan Tian — Ouverture des trois portes (San Guan). Le mouvement introductif pose l’architecture énergétique de toute la série : on fait circuler l’attention et le souffle du Xia Dan Tian (bas-ventre, en lien avec le Wei Lü) au Zhong Dan Tian (plexus, en lien avec le Jiaji), puis jusqu’au Shang Dan Tian (Yintang, en lien avec le Yuzhen), en attirant le Qi jusqu’au bout des doigts à chaque inspiration.

2. Le dragon noir sort de l’eau. Jambes tendues, l’image est celle d’un dragon qui se hisse sur ses pattes avant. L’étirement de l’axe central attire l’énergie vers le sommet du crâne, les poignets se cassent à la descente, et le Fang Song vient ouvrir les doigts pour relâcher la chaleur accumulée.

Tout l’exercice se déroule jambes tendues (sauf lors du Fang Song quand on relâche les doigts). Etirement de l’axe central : attirer l’énergie au sommet de la tête. Comme un dragon qui se dresse sur ses pattes avant (se hisse sur une margelle). 

  • Inspire : jusqu’au cœur (YONG QUAN / BAIHUI)
  • Expire : en redescendant les poignets cassés. Arrivé en appui, dodeliner de la tête en regardant devant soi (éloigner l’oreille de l’épaule- pas de rotation). 
  • Inspire : Remonter les poignets, en les retournant en haut pour les redescendre
  • Expirer : Fang Song : Retourner et ouvrir les doigts pour relâcher la chaleur (vers le bas, pas écarter les mains sur les côtés)

3. Le petit bonze soulève le chaudron. Les poings se contractent à l’expiration, se détendent à l’inspiration, tandis que le pouce vient fermer le poing de l’extérieur. Le mouvement du chaudron, imaginaire, guide successivement l’attention vers le Baihui, le Jiaji, le Huiyin, avant que la fin de l’enchaînement ne libère la chaleur accumulée.

Contraction des poings sur l’expire, et les détendre à l’inspire en maintenant les pouces en contact des poings fermés desserrés. Le pouce vient fermer le poing (à l’extérieur). Nota : pas de flexions des genoux et garder le même écart entre les mains + Visualiser qu’on soulève un chaudron

  • Vers le bas – penser au BAIHUI
  • Vers l’avant – penser à JIAJI (épaules basses)
  • Vers le haut – penser à HUIYIN (amener les bras dans le profil, engager les épaules sans toutefois les bloquer en haut jusqu’au bout, relâcher les lombes pour étirer la colonne vers le bas, sinon ça verrouille)
  • Sur les côtés – Penser aux 5 prolongements têtes, poings, pieds (commencer par les pieds, puis les poings puis la tête)
  • Puis relâcher la chaleur à la fin de l’enchaînement complet, avant de passer à l’exercice suivant

4. Les cinq branches de l’étoile. Une série de flexions-extensions des poignets, entrecoupées de Fang Song, explore les différentes directions de l’espace — avant, bas, haut, extérieur, intérieur — le Qi étant à chaque fois « enfermé » dans les poings avant d’être ramené à la taille.

Flexion/extension des poignets (Fang Song entre chaque mise en tension)

Pas de flexion des genoux, mais léger balancement avant/Arrière

  • Doigts vers l’avant (talons des mains poussent vers le bas)
  • Vers le bas (poignets poussent vers l’avant et Jiaji pousse vers l’arrière)
  • Vers le haut 
  • Vers l’extérieur (rotation des poignets)
  • Vers l’intérieur (paumes regardent vers la poitrine)
  • A la fin de chaque cycle, on agrippe, puis on retourne les poignets (enferme le Qi dans les poings en inspirant, on ramène les poings à la taille en gardant le Qi). Puis expirer et nouveau cycle

5. Le Phénix doré étire ses ailes. Le massage des lombaires accompagne l’ouverture de la porte de Ming Men, puis les bras s’étirent en reliant Yong Quan, Ming Men, Dazhui et Baihui jusqu’au bout des dix doigts, dans une spirale qui va chercher la force vers le bas après l’avoir relâchée en haut.

  • Saisir le poignet droit avec la main gauche et masser les lombaires au rythme de la respiration + mouvement extension/flexion des genoux et ouverture de la porte de ming men. Laisser le haut détendu, ne pas fermer Jiaji. Inspirer par Shenjue, expirer par Ming Men (les mains ouvertes vers le ciel à l’inspire, et vers le sol à l’expire)
  • Puis : flexion des genoux et étirement des bras (YONG QUAN – MING MEN – DAZHUI – BAIHUI – Bout des 10 doigts) :
    • Inspirer en saisissant (Kai) et ramener poings à la taille, puis les monter sous les aisselles, tournés vers le haut. 
    • Expire, pousser les doigts et tourner en spirale, tout en changeant de point d’appui. En reprenant le milieu, « relâcher le haut pour amener la force vers le bas » 

6. La grue blanche secoue ses ailes. Des rotations à 90°, bras et jambes tendus, alternent avec un retour au centre en fléchissant les genoux ; l’ordre taille-buste-mains-regard structure le mouvement, jusqu’à ce que le dos d’une main vienne frapper légèrement le dos, en évitant tout choc qui pourrait blesser l’énergie des reins.

  1. Rotation de 90°
    1. Expire : Bras tendus, poignets cassés, rotation. Tourner, tendre les bras et les jambes. Penser : Taille-buste-mains-regard (et idem pour le retour).
    1. Inspire : Revenir au centre. Bien passer par le milieu, et fléchir les genoux
  2. Détente des bras avec rotation des hanches sur une jambe d’appui (en soulevant le talon). 
    1. A l’inspire : He-Gu vient frapper la porte des nuages, l’épaule vient à la rencontre de la main, tandis que le dos de l’autre main frappe légèrement dans le dos (pas de coup sourd qui risque de blesser l’énergie des reins) 
    1. A l’expire : Détente et rotation de l’autre côté

7. Partager à égalité. Quatre phases, respirant chacune sur le rythme Nei Laogong à l’inspiration et bout des doigts à l’expiration, culminent dans une posture qui soutient le ciel d’une main et prend appui vers la terre de l’autre — une image assez proche de certaines postures d’ouverture du yoga.

4 phases : (à chaque fois, Inspire : Nei Laogongs, Expire : bouts des doigts) – Ressentir le sentiment spécifique de chaque phase, en sentant bien les directions intentions (structurer pour mettre de la vie). Le regard et le Yi sont à la base de tout…

  • Inspire – façonner
  • Expire – la bras yang descend, puis l’autre main perce (YI pense au bout des doigts, le pouce orienté vers l’avant.
  • Inspire : Retourner la main, et l’étirer au-dessus de la tête pour soutenir le ciel (le coude s’ouvre sur le côté), tandis que la main yin prend appui dans l’aplomb vertical – concentration Nei Laogongs. Soutenir le ciel et la terre.
  • Expire : Le pied se soulève (sans se déplacer). Séparer à égalité sur les côtés (de façon symétrique sur le plan sagittal). Pousser le talon de la main yang sans tendre le bras. Regarder les doigts du bas. Ne pas ajouter de flexion latérale du buste.

8. La licorne blanche purifie l’antre du dragon. Installée en posture du cavalier (Mapu), cette séquence conduit le Qi jusqu’à Dazhui par la seule rotation de la tête, avant une série de lancers de paumes dans les quatre directions, respiration sèche par le nez à l’appui, pour amener le Wei Qi en surface.

Posture Mapu 

1ère étape :

  • Inspire : Tendre les jambes 
  • Expire : Tourner la tête et fléchir pour s’asseoir dans Mapu

2ème étape : garder le bas pendant toute cette 2ème étape

  • Puis tendre les bras de chaque côté, Nei Laogongs tournés vers l’extérieur,  
  • Inspirer dans la main vers laquelle la tête regarde, tout en revenant au centre et en conduisant le Qi vient jusqu’à DaZui. On ne tourne que la tête, le bas est fixé par Mapu
  • Expirer, tourner la tête de l’autre côté et conduire le Qi jusqu’à l’autre main avant d’y réinspirer, etc… (ne pas tendre les bras)

3ème étape : 

  • Lancer 8 fois les paumes dans les 4 directions (expirer par le nez de façon sèche, en gardant de l’air dans le buste pour protéger les organes – cette respiration amène le Wei Qi en surface) :
    • Vers l’avant, vers le haut, sur les côtés, vers le bas (on va chercher mapu, on place les mains, on lance en expirant), ensuite on cueille en ramassant l’énergie en bas. Aller chercher Mapu avant de lancer les bras. Grâce à Mapu on prend l’énergie Yin qu’on projette par les mains.

9. Le Phénix déploie ses ailes. Les dix doigts entrecroisés montent comme une flamme dansante, s’étirent vers le haut, le bas, l’avant, puis le buste s’incline de chaque côté avant une rotation libre de la taille — un exercice associé à l’élément Feu.

Monter les mains jointes comme un « Phoenix dansant » (comme une flamme)

  • vers le haut – gagner dans l’étirement (des pieds à la taille, de la taille aux épaules)
  • vers le bas
  • vers l’avant (ne tendre ni les épaules ni les coudes), mais appuyer les 3 portes sur la montagne et les paumes devant.
  • Inclination : 
    • 1- ouvrir le flanc gauche : regarder devant soi, écarter le pied gauche, jambe gauche fléchie, s’incliner sur la droite pour, en éloignant l’oreille gauche de l’épaule. 
    • 2- Puis idem ouverture flanc droit. Puis, ramener un peu le pied gauche, pour préparer la rotation.
  • Rotation : vers l’arrière à gauche, puis à droite – taille libre, glisser la taille, le buste, les bras. Bien garder l’axe vertical et tendre les bras au mieux
  • Fang Song : secouer mains, bras, et épaules

10. Le faisan doré se dresse sur une seule patte. Associé à l’élément Terre, ce mouvement travaille l’équilibre après un jeu de bascules avant-arrière, les mains captant l’énergie par les points Ting avant que le corps ne se dresse, gros orteil arrière appuyé dans le sol et doigts pointés vers l’e bas ‘arrière comme les plumes du faisan doré, pour garder l’aplomb et renforcer la dynamique de la posture quand on rentre dans le yang (voir à ce sujet les rapprochements possibles entre l’exercice précédent et celui-ci avec la série des yangshengfa du matin).

  • Demi pas (garder le centre), dérouler le pas en coin, bascule en avant, bascule en arrière, se dresser
  • Pas en avant, regarder du côté du pied, mains captent l’énergie par les points Ting, poids du corps en arrière. 
  • Passer en avant et les mains traversent DaiMai (pouces au niveau des crêtes iliaques).
  • Lever le menton, étirer vaisseau conception, Shanzong 
  • Tendre les doigts en arrière (pronation – Ni) 
  • Puis Fang Song et les mains montent par devant sans casser les poignets (une seule ligne).
  • Ramasser l’énergie avec les mains sur les côtés, et on se dresse sur une seule patte, orteils pointent vers le bas (sinon on penche en arrière). Les doigts sont tendus vers l’avant.
  • Ensuite on fait le demi-pas en coin, en regardant du côté opposé où on va dérouler le pas suivant.

11. La licorne chasse le dragon. En posture du cavalier, les mains en appui sur les cuisses, la tête tourne pour « chasser le dragon du regard » sans jamais le quitter des yeux, dans une alternance de rotations qui font circuler l’énergie le long de la colonne, de bas en haut à l’expiration, de haut en bas à l’inspiration. On le sait la symbolique du dragon est liée à l’énergie sexuelle qui monte dans le dos lors de la petite circulation microcosmique. Et la licorne avec sa corne sur le front représente la spiritualité, qui met de l’ordre dans le chaos qu’engendre parfois la montée de la vitalité.

  • Posture du cavalier, les mains en appui sur les cuisses (vers le genou pouces à l’intérieur du même côté que les autres doigts). 
  • Expire : Tourner la tête à droite pour regarder vers le ciel, en pressant avec la main d’appui (gauche). On ne quitte pas le dragon des yeux pour le chasser avec le regard. Ne pas baisser la tête (penser Bai Hui vers le ciel). On expire en tournant, concentration colonne de bas vers haut.
  • Inspire : en reprenant le centre, colonne de haut vers bas
  • Appuyer alternativement d’un côté et de l’autre à chaque rotation.

12. Le serpent et l’oiseau. Mouvement le plus complexe de la série, il enchaîne un déplacement en Mapu, un grand cercle du bras en spirale, une posture du serpent rampant (Gongbu) protégeant le point 10 de Rate, puis une posture de l’oiseau, mains séparées.

  • On démarre en Mapu. On ouvre le pied droit, on fait le 1/2 pas gauche, et on ouvre le fouet à droite, l’autre main restant au Dan Tian.
  • On regarde à gauche (il n’y a que la tête qui bouge), en laissant bien l’épaule droite ouverte.
  • On décolle le pied gauche, et on déroule le pas à gauche.
  • On transfert le poids tout en laissant trainer la main gauche dans l’eau jusqu’à l’élever tout en regardant dans le Yang, puis on transfert à nouveau le poids, tout en ramenant la main et en enroulant à droite (la main tourne), et en fléchissant les genoux. Le bras fait ainsi un grand cercle et la main tourne en spirale. Laisser le poids du corps à droite.
  • Posture du serpent rampant (posture GUNGBU. Protéger le 10 de rate (qui nourrit le sang) en laissant la main à l’intérieur du genou. On est en appui sur la jambe droite fléchie et la gauche est un peu plus étirée)
  • Façonner la balle, donner un coup d’épaule en déplaçant le poids du corps à gauche. Repositionner le pied arrière, replacer la taille et le buste. 
  • Posture de l’oiseau : Séparer les mains, pousser la main gauche devant et tendre le fouet vers l’arrière (doigts vers le haut)

La série se referme classiquement par quelques minutes dans la posture de Zhan Zhuang, suivies d’un massage du visage, de la nuque, des épaules, du Dan Tian et des reins.

En guise de conclusion

Cette série du Qi Gong des paysans chinois illustre bien ce que peut être une pratique de Wei Gong exigeante et complète : tonique dans sa forme, elle n’en reste pas moins profondément énergétique dans son intention, en particulier dans le travail qu’elle propose sur l’axe vertébral.

Sa structure en séquences bien délimitées, ponctuées par le mouvement de fermeture hérité du style Shaolin, en fait un outil pédagogique précieux pour comprendre concrètement, dans le corps, la différence entre les approches Wei Dan et Nei Dan du Qi Gong.

C’est aussi, à mon sens, une série très riche à transmettre, tant elle permet d’aborder à la fois le corps physique — muscles, tendons, fascias — et la dimension plus subtile de la circulation du Qi le long de la colonne, dans un dialogue finalement assez universel avec d’autres traditions corporelles, comme le kundalini yoga.

Récapitulatif des 12 exercices :

  1. Balayer les 3 DAN TIAN « Ouverture des 3 portes – San Guan » (Fang Song en soufflant par la bouche après chaque série de 3)
  2. Le dragon noir sort de l’eau (Tout l’exercice se déroule jambes tendues)
  3. Le Petit bonze soulève le chaudron (Pas de flexions des genoux et garder le même écart entre les mains. Puis relâcher la chaleur à la fin de l’enchaînement complet, avant de passer à l’exercice suivant)
  4. Les cinq branches de l’étoile 
  5. Le Phoenix doré étire ses ailes  (1ère étape : Saisir le poignet droit avec la main gauche / 2ème étape :  flexion des genoux et étirement des bras)
  6. La grue blanche secoue ses ailes  (1ère étape : Bras tendus, poignets cassés, rotation de 90°. Expire : Tourner, tendre les bras et les jambes. Inspire : Revenir au centre. Bien passer par le milieu, et fléchir les genoux / 2ème étape : A l’inspire : He-Gu vient frapper la porte des nuages, et l’épaule vient à la rencontre de la main)
  7. Partager à égalité 
  8. La licorne blanche purifie l’antre du dragon  (Mapu : Inspirer de la paume vers Da zui, puis tourner la tête et expirer vers l’autre main /2ème étape : Lancer 8 fois les paumes dans les 4 directions)
  9. Le phœnix déploie ses ailes. « Les 10 doigts entrecroisés »
  10. Le faisan dore se dresse sur une seule patte – (Exercice Terre)
  11. La licorne chasse le dragon 
  12. Le serpent et l’oiseau 

Terminer cette série en gardant quelques minutes la posture classique de l’arbre