Tarot initiatique et spirituel 4 août 2026

Dans quelle mesure le tarot peut-il deviner l’avenir ?

Dans cet article, je vous propose une réflexion philosophique et éthique sur la capacité du Tarot à prédire l’avenir, en articulant le débat autour du déterminisme et du libre arbitre. Nous allons explorer ce que le déterminisme partiel rend éventuellement possible dans la prédiction sur l’avenir, malgré toute la délicatesse de cette démarche prospective.

Sommaire

  1. Introduction : Liberté, avenir et tarot
  2. Le futur est en partie déjà déterminé
  3. Qu’est-ce qui est libre et qu’est-ce qui est déterminé ?
  4. Ce que le tarot peut déduire (et ce qu’il ne peut pas inventer)
  5. Une posture éthique avant tout

Résumé rapide, si vous êtes pressé·e

Une grande partie de notre existence est déterminée d’avance par divers facteurs indépendants de notre volonté : l’héritage génétique et épigénétique, le milieu social (Bourdieu), les schémas d’attachement affectifs (Bowlby), la structure du langage et même le contexte culturel et intellectuel d’une époque (l’épistémè chez Foucault). Ces « rails invisibles » tracent les grandes lignes de notre parcours.

De ce point de vue, on peut facilement imaginer que la vie soit en partie prévisible, et que le Tarot divinatoire puisse sans doute en prévoir certains aspects.

Néanmoins, à l’intérieur de ce déterminisme, l’être humain conserve une marge de liberté.

  • Plus notre pensée devient consciente et détachée des automatismes, plus nos choix s’affranchissent des conditionnements.
  • La liberté s’exprime dans la nuance et le détail (la « danse du serpent » autour du tronc fixe du déterminisme) ainsi que dans notre capacité à assumer ou non notre destin (la « méta-liberté »).

Dans ce cadre, le Tarot ne fait pas de divination magique, mais procède par déduction :

  • Ce qu’il peut faire : révéler les grandes tendances, les schémas récurrents et les conséquences probables de choix ou de conditionnements déjà ancrés dans le présent.
  • Ce qu’il ne peut pas faire : prédire avec certitude les détails mouvants ou les décisions futures qui relèvent du libre arbitre et de la créativité de la vie en train de s’écrire.

L’article conclura sur la dimension éthique du praticien : lire le Tarot exige de l’humilité, du tact et de la nuance. L’objectif n’est jamais d’imposer des fatalités ou d’interférer brutalement avec la vie d’autrui, mais d’offrir des pistes de réflexion qui respectent pleinement la responsabilité et la liberté de chaque consultant.

Allez, si vous êtes prêt, on y va…

Liberté, avenir et tarot

Dans un précédent article sur le tarot (« Le tarot peut-il prédire l’avenir ?« ), j’ai défendu la part de liberté dont nous disposons dans nos existences. J’y expliquais combien il serait hasardeux et imprudent de se lancer dans l’art de la prédiction à l’aide du Tarot, tant les paramètres entrant en jeu sont complexes et non encore déterminés.

Cependant, il faut préciser que le Tarot permet tout de même, dans une certaine mesure, de deviner des évènements futurs. Cet article se propose une réflexion de fond sur cette question. Précisons tout de suite que savoir si l’avenir est prévisible par un art divinatoire comme le Tarot repose sur une méditation fondamentale sur le libre arbitre et le déterminisme. C’est par là que nous allons commencer.

Prenons la métaphore de la distribution des cartes dans un jeu, par exemple de poker.

Elle est liée au hasard : en tout cas on ne peut a priori pas influencer la main dont on va hériter dans une partie donnée (comme dans une vie, on touche des qualités, des handicaps ; c’est ainsi au départ, il faudra faire avec !).

Mais ensuite, le sel de la partie repose sur la façon dont on va jouer avec ces cartes.

On peut gagner avec un mauvais jeu, ou perdre avec une bonne main, selon la main des autres et la manière dont chacun joue les enchères, interprète le jeu, le bluff des autres…

Comme dans cette situation de jeu, où une partie est déterminée et l’autre libre, il y aurait dans la vie une part de déterminisme et une autre qui serait davantage « libre ».

Cependant, s’il existe une part de liberté dans nos vies, cette liberté n’est jamais nue : elle s’exerce toujours à l’intérieur d’un cadre largement écrit pour nous, avant nous, et sans nous.

Comprendre l’étendue de ce déterminisme est la première condition pour saisir en quoi un outil comme le tarot — qui n’a a priori pas de vocation divinatoire absolue — peut malgré tout donner accès à de grandes lignes de ce qui va advenir.

Vous me pardonnerez, je l’espère, le long développement qui va suivre sur le déterminisme. En effet, c’est ce sur quoi je m’appuierai en fin d’article pour dire que le Tarot, à tout le moins, peut prédire la part de l’avenir qui relève des racines déterminantes du futur, déjà inscrites dans le présent.

Voici donc quelques éléments de constat concrets, tendant à soutenir la thèse d’une part de déterminisme dans nos vies.

Le futur est en partie déjà déterminé

Génétique et épigénétique

La génétique : des vies en partie écrites par avance

L’étude la plus célèbre reste le Minnesota Twin Study, menée par Thomas Bouchard à partir de 1979 sur des vrais jumeaux séparés à la naissance et élevés dans des familles différentes, parfois à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. Les résultats sont troublants : des jumeaux qui ne s’étaient jamais rencontrés partageaient non seulement des traits de personnalité, mais aussi des choix de métier, des habitudes vestimentaires, des prénoms donnés à leurs enfants ou à leurs animaux, des maladies apparues au même âge. Ces convergences ne s’expliquent ni par l’éducation (différente), ni par le hasard (statistiquement trop nombreuses) : elles sont écrites dans le patrimoine génétique, avant même la naissance.

L’épigénétique : le passé des autres inscrit en nous

Je ne les ai pas consultées, mais il paraît que des études sur les descendants de femmes enceintes pendant l’Hunger Winter néerlandais de 1944-1945 (famine sévère aux Pays-Bas) montrent que leurs enfants, et parfois leurs petits-enfants, présentent des taux plus élevés d’obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires, alors même qu’ils n’ont jamais connu la famine.

L’expérience traumatique des grands-parents modifie l’expression de certains gènes, transmise ensuite aux générations suivantes. Une part de notre avenir biologique est donc écrite dans l’histoire — parfois tragique — de ceux qui nous ont précédés.

Reproduction sociale et théorie de l’attachement

L’éducation et la reproduction sociale

Pierre Bourdieu l’a démontré statistiquement dans Les Héritiers puis La Reproduction : en France, un enfant de cadre supérieur a des chances d’accès aux grandes écoles plusieurs dizaines de fois supérieures à celles d’un enfant d’ouvrier, à niveau scolaire comparable au départ.

Ce n’est pas tant affaire de mérite individuel quede capital culturel hérité — les codes, les références, la manière de parler et de se tenir, transmis sans même qu’on en ait conscience, dès la petite enfance.

On pourrait ainsi prédire, avec une précision statistique confortable, la trajectoire sociale probable d’un enfant simplement en connaissant le milieu dans lequel il naît.

L’attachement : des schémas qui se répètent

La théorie de l’attachement de John Bowlby,, largement validée par des décennies de recherche en psychologie, montre qu’un enfant construit dans ses toutes premières années un « style d’attachement » (fondé sur la recherche de sécurité, sur les stratégies d’évitement, sur l’angoisse existentielle, sur l’apprentissage de l’organisation…) selon la disponibilité affective de son entourage.

Ce style, une fois installé, se rejoue ensuite avec une constance frappante dans les relations amoureuses, amicales et professionnelles à l’âge adulte — au point que l’on peut souvent prédire le type de difficultés relationnelles qu’une personne rencontrera au cours de sa vie.

Le langage et les structures d’époque

Le langage : la pensée déjà orientée avant qu’on pense

Le langage dans lequel on grandit ne se contente pas de décrire le monde, il en organise la perception. Des études comparatives (notamment celles de Lera Boroditsky) montrent par exemple que les locuteurs de langues qui genrent les objets (comme l’allemand ou l’espagnol) leur attribuent spontanément des qualités liées à ce genre grammatical — un pont est décrit comme « élégant » par les germanophones (« die Brücke », féminin) et comme « robuste » par les hispanophones (« el puente », masculin). Avant même d’avoir formé une seule pensée personnelle, l’enfant hérite donc d’une grille de perception du monde qui n’est pas la sienne, mais celle de sa langue.

Pourquoi ces déterminismes convergent : la leçon de Michel Foucault

En classe prépa, je n’avais rien compris à Michel Foucault. J’étais incapable de parvenir à la moitié d’une page sans en avoir oublié le début, et je ne comprenais pas un traître mot de ce que je lisais. Autant vous dire que ce fut laborieux. Heureusement notre prof de sciences humaines à l’époque nous avait très bien expliqué ce que je vais vous redire avec mes mots d’aujourd’hui (et après vérification à la source) : ces influences ne jouent pas seulement à l’échelle individuelle.

En effet, Michel Foucault, dans Les Mots et les Choses, a montré qu’à chaque époque correspond une « épistémè » — une structure de pensée sous-jacente si profonde qu’elle organise simultanément des domaines qui n’ont, en apparence, rien à voir entre eux. Il note ainsi qu’il existe davantage de parenté logique entre la médecine, l’architecture et la gastronomie d’une même époque (la Renaissance, le classicisme…) qu’entre l’architecture de cette époque et l’architecture d’une autre période (romane, gothique, contemporaine).

C’est fascinant, non ? A l’époque, j’en restais bouche bée.

Ce ne serait donc pas un hasard si une civilisation semble parfois « se donner rendez-vous » pour produire, presque simultanément et indépendamment, les mêmes découvertes ou les mêmes formes : les mêmes croyances religieuses, les mêmes avancées scientifiques et la même vision du monde président, à un moment donné, à l’ensemble de l’organisation humaine — de l’art à la médecine en passant par le droit ou la cuisine.

Qu’est-ce qui est libre et qu’est-ce qui est déterminé ?

Génétique, épigénétique, éducation, attachement, langage, structures collectives d’une époque : voilà autant de rails invisibles qui, bien avant tout exercice de « divination », déterminent déjà une large part de ce qui va advenir. Ce n’est donc pas tant la question de savoir si l’avenir est en partie écrit — les exemples ci-dessus répondent largement à la question — que celle de savoir ce qui, précisément, est écrit, et dans quelles conditions on peut espérer le lire.

La frontière entre pensée (libre) et action (déterminée)

La question essentielle est donc de savoir ce qui est véritablement libre et ce qui est déterminé. C’est là que réside toute la subtilité du problème.

Comme le suggère le métaphysicien Jacques Breyer, la pensée étant de nature plus « légère » que l’action, elle est naturellement en correspondance avec la légèreté de la liberté, tandis que l’action concrète s’inscrit dans le figé du déterminisme. L’action matérielle serait donc structurellement plus déterminée que la pensée. Ceci représente un premier degré d’ouverture.

Mais il existe un second degré de subtilité : selon que la pensée est consciente ou non, elle sera elle-même plus ou moins libre.

  • D’un côté, la pensée sous influence : prenons l’impact de la publicité ou des modes. Une personne inconsciente de ses conditionnements réagit mécaniquement à la pression de conformité socialement orchestrée. Ses désirs sont dictés par le dehors.
  • De l’autre, la pensée individualisée par le travail sur soi : une personne qui s’est fortement individualisée développe des goûts très différents de la masse. Déjà, elle ne consomme peut-être même pas les médias traditionnels porteurs de ces sollicitations. Ensuite, son centre de gravité psychique possède plus de densité et de poids propre. Parce qu’elle a cultivé une conscience de soi plus vaste, et elle a probablement également structuré sa vie délibérément. Ayant par ailleurs travaillé à observer le flux de ses pensées et de ses émotions, elle en devient infiniment moins dépendante. Elle en devient même, dans une certaine mesure, maître…
    • Par exemple, en hiver et sur un même lieu, tous les individus rencontrent plus ou moins les mêmes virus et subissent la même froidure. Mais, indépendamment des terrains génétiques qui ne sont pas tous égaux, le choix partiellement libre d’une hygiène de vie, issue de décisions antérieures élaborées en conscience (par exemple : alimentation retravaillée, pratiques physiques régulières pour forger un corps résistant, etc.), peut modifier le rapport du terrain biologique aux agressions extérieures. Et dès lors, les réactions du métabolisme seront différentes de celles d’autres individus, éventuellement déjà épuisés par des hémorragies émotionnelles, une surconsommation de médicaments, une vie de stress mal supportée, et une hygiène de vie médiocre.
    • À noter : certaines personnes en pleine forme mais dont le terrain est sensible peuvent néanmoins « tomber malades » de façon saisonnière, parce que c’est la manière dont leur écologie personnelle a organisé leur santé — la maladie ponctuelle n’étant pas forcément signe de faiblesse vitale. Et on sait par ailleurs que certaines autres personnes, à l’hygiène de vie plus approximative, ne tombent pour ainsi dire jamais malades. Cela dépend de leur constitution et de leur tempérament, issus de leur déterminisme génétique et de leur éducation. C’est là que mon exemple précédent devient un peu contestable, tant la question du rapport à la maladie peut être subtile, de nombreux facteurs entrant en jeu.

Revenons alors au lien entre pensée libre et pensée déterminée : celui qui se voit penser n’est plus soumis au contenu de ses pensées. Il peut choisir d’y donner suite ou non. Ne s’identifiant plus aux agitations du mental, il contrôle mieux ses instincts et ses désirs dispersés. Sa pensée devient donc en quelque sorte plus libre. Et par extension, son action l’est tout autant, s’affranchissant progressivement de l’acte compulsif né d’un conditionnement aveugle. Dans ce cas précis, même avec un outil divinatoire très sophistiqué comme le Tarot, il sera aléatoire d’essayer de deviner le futur.

Il convient toutefois d’apporter une nuance fine à ce rapport entre l’action déterminée et la pensée libre. Si le tracé général d’une vie possède un socle figé, son incarnation dans la matière conserve peut-être toujours une marge d’ondulation — probablement plus au niveau des détails qu’au niveau des grandes lignes. C’est un aspect mineur de la question, mais il mérite tout de même d’être mentionné, pour compléter notre réflexion sur ce que le Tarot peut éventuellement prédire de l’avenir.

Grandes lignes et détails : la danse du serpent

Prenez l’exemple d’un événement matériel majeur : s’il était éventuellement inscrit qu’une personne acquerra une maison à une certaine période de sa vie, dans une région donnée et pour un ordre de budget défini, la concrétisation exacte de cet événement restera peut-être entourée d’une certaine souplesse. La date précise de l’acquisition ou du déménagement, les négociations finales sur le prix d’achat, ou même l’emplacement exact de la bâtisse à 50 ou 100 kilomètres près, demeurent soumis à divers aléas et micro-choix.

Il y a ainsi comme une « danse du voile » autour du cadre figé par le déterminisme. C’est l’image du serpent s’enroulant en spirale autour du bâton d’Esculape : l’axe central (le bâton) représente le déterminisme solide et la direction fondamentale de l’existence, tandis que les mouvements sinueux du reptile symbolisent ici la liberté du détail, les ajustements du parcours et le jeu souple de la vie en train de se déployer.

Pour faire le lien avec la capacité du Tarot à deviner le futur, il est donc logique de penser que ce dernier sera plus fiable dans ses prédictions concernant les grandes lignes que celles portant sur trop de détails. On pourra néanmoins interroger le Tarot sur des points de détails pour préciser une question plus large, mais il conviendra de rester très prudent quant au caractère prédictif. Il sera plus approprié de parler de probabilités ou de conseils.

L’effet de l’observateur et la création continue de la vie

Nous savons par ailleurs, depuis l’expérience des « fentes de Young », ce principe vertigineux de la physique quantique : l’observateur modifie ce qu’il observe.

🔗 https://youtu.be/veISDhvZwZo?si=huood8aY2OoWXPu6

Appliqué ici, ce principe prend un relief supplémentaire : interroger le tarot au présent n’est déjà plus un acte neutre, c’est un événement qui participe lui-même à l’écriture du futur qu’il semblait vouloir seulement lire.

Rien d’étonnant à cela si l’on considère que la vie ne se déroule pas comme la lecture d’un texte déjà entièrement rédigé, mais s’écrit au fur et à mesure — un peu à la manière d’un roman dont l’auteur improviserait en écrivant, tout en restant fidèle à la cohérence de ses personnages.

Un bon roman peut ménager des virages narratifs, des rebondissements, des surprises : ce qu’il ne peut pas se permettre, sans se détruire lui-même, ce sont les incohérences et les invraisemblances, qui le feraient basculer dans l’absurde et lui feraient perdre tout intérêt.

Il en va de même, structurellement, de nos existences : la liberté y ménage des rebondissements, mais toujours à l’intérieur d’une cohérence — celle-là même qui rend, justement, une part de lecture possible.

La responsabilité et la méta-liberté

Un point mérite d’être souligné avec la plus grande clarté, tant il conditionne l’éthique même de toute pratique divinatoire : même averti par une prophétie, l’être humain reste pleinement responsable de ses choix. Il est vrai qu’il n’a pas choisi ses goûts, son niveau de maturité, sa sensibilité ou son intelligence du moment — tout cela relève, comme on l’a vu, du déterminisme.

Mais il reste libre, à chaque instant, d’une multitude de micro-choix, et c’est l’ensemble de ces micro-choix qui compose ce que l’on pourrait appeler une méta-liberté : la liberté d’accueillir et de reconnaître son propre déterminisme, de l’assumer — ou au contraire de l’ignorer et de tenter, en vain, de s’y soustraire.

Cette seconde option engendre le plus souvent une agitation stérile, une série de gesticulations qui brouillent les pistes en surface sans jamais rien inscrire de durable, tant il est vrai que ce qui est majeur dans une trajectoire de vie demeure, dans sa forme, difficilement négociable.

En revanche, en conscience et en esprit, il reste toujours possible de changer de regard — lorsqu’on y est prêt, c’est-à-dire lorsqu’on est soi-même déterminé à l’être, au moment prévu par son propre cycle de maturation.

Mais une question demeure alors ouverte, et elle l’est structurellement :

Cette part-là échappe par nature à toute lecture anticipée : elle n’est pas encore écrite, parce qu’elle est la liberté elle-même en train de s’exercer.

L’exemple de la maison : ce qui est stable, ce qui reste ouvert

Un exemple concret permet de fixer cette distinction, essentielle à toute pratique lucide du tarot. Reprenons notre exemple de tout à l’heure sur l’achat d’une maison : une personne hésite à acheter une maison.

  • Est-ce que cette maison lui plaira ?
  • Est-ce qu’elle correspond à ses besoins profonds ?
  • Est-ce une acquisition globalement favorable pour elle à ce moment de sa vie ?

Ces questions-là portent sur un terrain largement déterminé — un tempérament déjà formé, des besoins déjà identifiables, un contexte de vie déjà engagé — et sont, à ce titre, raisonnablement prévisibles : c’est précisément le type de question sur lequel un tirage peut apporter un éclairage pertinent.

Mais que fera cette personne à l’intérieur de cette maison ? Quelle sera son aventure de vie entre ces murs, quelles rencontres y fera-t-elle, quelles décisions naîtront des prises de conscience qui s’y produiront ?

Cela, en revanche, relève davantage du domaine d’une liberté encore non écrite complètement. Aucun tirage sérieux ne devrait prétendre l’anticiper — non par prudence excessive, mais parce que cela n’existe tout simplement pas encore, au sens propre du terme…

L’alignement sur la loi spirituelle et le rôle de la conscience

S’il fallait désigner, au terme de ce parcours, ce qui est inscrit de la manière la plus ferme, ce ne serait ni un événement particulier, ni un détail de trajectoire, mais quelque chose de plus abstrait et de plus général : le déterminisme de la loi spirituelle elle-même.

Cette loi s’applique à l’individu — pour son plus grand bénéfice — pour autant qu’il choisisse de la respecter.

Mais s’il choisit de s’en écarter, il n’échappe pas pour autant à toute conséquence : il entre alors dans un régime différent, celui du chaos apparent, où l’absurde et le « hasard » semblent reprendre leurs droits, mais où ils ne sont, en réalité, que la forme prise par le karma lorsque la cohérence volontairement désertée cesse de guider la trajectoire.

C’est peut-être là la meilleure façon de résumer ce qu’une lecture de tarot bien conduite peut raisonnablement viser : non pas percer le détail d’un futur qui n’existe pas encore, mais interroger le déterminisme inscrit — corps, âme, esprit — qui borde et oriente une existence, tout en laissant intacte, et pleinement respectée, la part de liberté qui continue de s’écrire à chaque instant.

Ce que le tarot peut déduire (et ce qu’il ne peut pas inventer)

Déduction des tendances présentes vs invention de l’avenir

Dans le précédent article consacré à la question « le tarot peut-il prédire l’avenir ? », auquel il a déjà été fait référence plus haut, nous posions trois conditions cumulatives pour qu’une telle prétention ait un sens :

  1. un futur au moins partiellement déterminé,
  2. une capacité de l’outil à capter ce déterminisme,
  3. et une neutralité suffisante du consultant.

La première condition vient d’être largement établie ci-dessus : la vie est bel et bien, pour une part mesurable, écrite d’avance. Dans la suite de nos articles, nous aurons l’occasion de préciser les deux autres — c’est-à-dire à quelles conditions précises, et dans quelles limites, on peut espérer lire ce qui est déjà tracé.

Le tarot ne devine rien : il déduit. Il peut mettre en lumière les conséquences probables de ce qui est déjà présent — une trajectoire engagée, un schéma répété, un terrain préparé de longue date par la génétique, l’éducation, les choix passés.

Mais il ne peut ni inventer, ni anticiper ce qui relève de la liberté intrinsèque : celle de l’individu qui consulte, celle du collectif dans lequel il s’inscrit, celle de la vie elle-même dans son élan créateur — et, si l’on veut pousser la réflexion jusqu’à son terme métaphysique, celle de Dieu Lui-même, ou de la Conscience universelle, dont nous rappelions dans un précédent article qu’elle ne peut échapper à sa propre nature.

Mais cette nature, précisément, n’est-elle pas la liberté et la créativité mêmes — à condition de respecter ses propres lois, sa cohérence interne ?

Rien, dans l’absolu, n’est donc totalement figé, pas même à l’origine du mouvement : seule la cohérence est requise, non l’immobilité.

Une posture éthique avant tout

Humilité, diplomatie et respect du libre arbitre du consultant

La première condition pour envisager certaines prédictions prudentes sur l’avenir de quelqu’un à travers l’oracle du Tarot n’est pas méthodologique, elle est morale : l’humilité et la diplomatie.

Interroger le tarot, ou n’importe quel autre langage symbolique, sur ce qui vient, exige une position basse — celle qui formule des hypothèses plutôt que des verdicts, qui propose des lectures plutôt qu’elle n’impose des certitudes. Il faut également du tact, pour ne pas asséner des pseudo-révélations, qui pourraient, si elles étaient prises à la lettre, créer beaucoup de tort à quelqu’un.

  • De quel droit ingérer avec les lignes de son destin ?
  • À quel titre vouloir influencer ses choix ?
  • Au nom de quelle vérité soi-disant révélée par le Tarot ?

Il faut probablement rester beaucoup plus modeste et respectueux, en indiquant :

  • des orientations,
  • des inclinations,
  • des possibilités,
  • des risques.

Proposer des pistes et des points de vigilance, une réflexion sur les conditions de réussite — et jamais énoncer avec fermeté des événements (dont en fait personne n’est certain !).

Imaginez deux secondes les conséquences de dire à quelqu’un de fragile et influençable (et on est tous vulnérables à certains moments de notre vie, où on est justement en transition, en questionnement) :

  • « Cette personne vous trompe, le Tarot indique qu’il faut vous en séparer »
  • « Votre projet n’aboutira jamais, renoncez à ce rêve, qui n’est qu’une chimère »
  • « Le Tarot vous annonce que vous allez tomber malade » (voire pire : « Je vois votre mort certaine dans quelques mois » : ÉNORME !!!)

Soyons honnête : même si le Tarot, dans certaines conditions, peut prédire certains évènements et même les dater approximativement ou les quantifier avec une certaine marge d’erreur, il faut absolument faire preuve de tact et de douceur, de nuance dans les propos, pour laisser à autrui la pleine responsabilité de ses choix, et l’usage de son libre arbitre.

C’est très exactement la posture que nous décrivions à propos du praticien qui prend le temps de se centrer, de décrire avant d’interpréter, de noter ses tirages pour vérifier après coup ses propres biais : cette discipline n’est pas un supplément d’âme facultatif, elle est la condition même de la justesse. Sans elle, l’oracle ne fait plus que renvoyer les peurs ou les désirs de celui qui interroge — comme l’a montré l’exemple que nous donnions de Claire et de la Tour, où l’absence de cette humilité a transformé une image polysémique en fatalité fermée, au détriment même de la décision à prendre.

Pour aller plus loin sur l’utilisation du Tarot dans une pratique de développement intérieur :