Yoga 12 mai 2026

Asanas, postures ou pauses de yoga

Saviez-vous qu’il est sensé exister 84.000 postures de yoga ?

Saviez-vous que le yoga n’est pas limité qu’aux postures (Asanas) ?

La question du nombre de postures de yoga est fascinante car elle révèle l’évolution de cette pratique millénaire. La réponse varie considérablement selon les sources et les époques.

Le Chiffre Traditionnel : 84 Asanas

Le nombre symbolique de 84 asanas revient constamment dans la tradition yogique. Les textes anciens mentionnent qu’il existerait 84 000 postures importantes parmi un nombre infini que seul Shiva connaîtrait, le yoga en ayant retenu environ 84…

Selon Sadhguru, ces 84 asanas ne sont pas simplement des postures mais « 84 systèmes, 84 façons d’atteindre » l’éveil de conscience Yogasanas: All about the 84 Types of Asanas and Beyond | Sadhguru.

L’Évolution Historique

Dans le yoga ancien, les postures servaient uniquement à fournir au corps le moyen de tenir une position assise stable pour la méditation. Les premiers textes ne décrivaient que quelques postures :

  • Les Yoga Sutras de Patanjali (200 ap. J.-C.) ne décrivent aucune posture spécifique
  • Le commentaire de Vyasa mentionne 11 postures de méditation
  • Le Hatha Yoga Pradipika (XVe siècle) revendique 84 postures mais n’en décrit que 15

Au fil du temps, le répertoire s’est enrichi : le Yogacintamani (1660) énumère 110 postures, et des textes plus tardifs en mentionnent jusqu’à 112.

Le Yoga Contemporain

Aujourd’hui, il existe environ 200 postures de yoga dans le yoga contemporain. Les maîtres modernes ont considérablement élargi le répertoire :

  • BKS Iyengar décrit plus de 200 postures dans « Light on Yoga » (1966)
  • Swami Satyananda Saraswati en présente plus de 180 dans son ouvrage de référence

Certaines sources mentionnent que le nombre peut atteindre 8,4 millions en considérant toutes les variations possibles How Many Postures Are There in Yoga? Understanding the Complete Range – Purple Yoga, mais au-delà de 200 postures distinctes, il s’agit davantage de variations que de nouvelles postures.

Pourquoi Cette Augmentation ?

L’expansion du nombre de postures s’explique par plusieurs facteurs : l’élargissement du concept d’asana au-delà des simples postures de méditation, l’influence de la culture physique occidentale au XXe siècle, et la découverte progressive des bienfaits des postures sur la respiration et les pratiques mentales.

En résumé, bien que la tradition parle de 84 asanas fondamentales, la pratique moderne en reconnaît environ 200, chacune offrant des variations multiples selon les écoles et les enseignants.

Les Asanas en Hatha Yoga

Les asanas sont les postures physiques du yoga, littéralement traduites par « siège » en sanskrit. Dans le hatha yoga, elles constituent l’un des piliers fondamentaux de la pratique, aux côtés du pranayama (techniques respiratoires).

Définition et Principes

Les asanas sont des positions corporelles maintenues avec stabilité et confort. Selon Patanjali dans les Yoga Sutras, une asana doit être « sthira sukham » – stable et aisée. En hatha yoga, ces postures visent à :

  • Équilibrer les énergies corporelles (ha = soleil, tha = lune)
  • Préparer le corps à la méditation
  • Purifier les canaux énergétiques (nadis)
  • Développer force, souplesse et endurance
  • Harmoniser le système nerveux

Les postures sont de propositions faites au corps de se couler dans une forme, contractant souvent une de ses faces (lune) et étirant la face opposée (soleil). Une séance est constituée d’une succession de postures, qui favorisent une bonne circulation des énergies dans le corps tout entier.

En fait les postures ont 3 niveaux d’effets superposés et combinés :

  • des effets physiologiques (mécaniques et chimiques) sur le corps physique
  • des effets énergétiques : Ainsi grâce à l’énergie qui circule, les bloquages sont progressivement dissouts, comme l’eau dans une rivière emporte avec elle les débris qui y sont tombés.
  • des effets spirituels, en amenant la conscience à se déployer en s’investissant chaque partie du corps, considéré comme autant d’aspects de la manifestion du Soi

Catégories d’Asanas

Les postures se classent généralement en plusieurs familles :

  • Postures debout (comme Tadasana, Vrikshasana) qui développent l’enracinement et la stabilité. 
  • Flexions avant(Paschimottanasana, Janu Sirsasana) qui calment le mental et étirent la chaîne postérieure. 
  • Extensions arrière(Bhujangasana, Urdhva Dhanurasana) qui énergisent et ouvrent le cœur. 
  • Torsions (Bharadvajasana, Marichyasana) qui massent les organes internes et libèrent les tensions vertébrales. 
  • Inversions (Sirsasana, Sarvangasana) qui inversent les effets de la gravité et calment le système nerveux. 
  • Postures d’équilibre (Bakasana, Garudasana) qui développent concentration et proprioception.

Le Yoga : Un Chemin Naturel vers la Transformation Intérieure

Le yoga, dans toutes ses branches, a gagné une immense popularité, et ce n’est pas sans raison : il procure d’innombrables bienfaits. Peu importe quelle branche a émergé en premier, toutes sont interconnectées et nous guident naturellement vers des expériences plus profondes. 

Si vous pratiquez les asanas (postures), vous serez intuitivement attiré par le pranayama (exercices de respiration), puis par la méditation. Inversement, si la méditation vous attire, les asanas finiront aussi par vous intéresser. C’est le fonctionnement de notre système nerveux : il reconnaît ce qui est bon pour nous et en redemande.

Toutes les branches du yoga sont des expressions des voies naturelles par lesquelles notre système nerveux s’ouvre à l’expérience de l’unité. En fait, ce sont nos besoins qui déterminent nos pratiques, et non l’inverse ; elles se présentent à nous au moment opportun. C’est le pouvoir de la bhakti (dévotion) qui nous pousse doucement sur ce chemin simple vers l’union.

Les Asanas : Au-Delà du Physique

Les asanas nous aident à transcender le domaine purement physique pour nous ouvrir à des expériences plus subtiles de l’énergie divine dans le système nerveux, procurant une profonde relaxation et une paix intérieure. C’est leur attrait principal. Ils sont également une excellente préparation pour le pranayama et la méditation.

Bien que la plupart des asanas soient relaxantes, certaines formes modernes comme le « power yoga » peuvent être très intenses. Ces pratiques énergisantes ne sont pas recommandées juste avant la méditation, car celle-ci vise à apaiser le système nerveux, non à l’activer. Traditionnellement en effet, les asanas visent à calmer le système nerveux et à faciliter la circulation du prana (énergie vitale), en particulier dans la sushumna (le nerf spinal), ce qui en fait une excellente préparation au pranayama et à la respiration de la colonne vertébrale.

Les asanas font partie de systèmes de yoga plus vastes, comme le Hatha Yoga, qui inclut d’autres pratiques pour faire circuler le prana. Ces approches visent à équilibrer la kundalini, l’union des énergies masculine et féminine (Shakti et Shiva), un thème universel retrouvé dans de nombreuses traditions (Yin et Yang taoïstes, Saint Esprit et Dieu le Père dans le christianisme). Certaines de ces pratiques avancées conservent le nom d’asanas, tandis que d’autres sont appelées « mudra » ou « bandha ». Toutes sont des pratiques physiques qui facilitent le mouvement du prana et de la pure conscience.

Intégrer les Asanas à Votre Routine

Il n’est pas nécessaire d’apprendre une multitude d’asanas dans ces leçons. Si vous avez accès à des cours de yoga près de chez vous, c’est une excellente façon d’apprendre une routine de base à pratiquer à la maison. Cinq à dix minutes d’asanas doux avant le pranayama et la méditation constituent un excellent début pour votre session.

Si vous n’avez pas envie de faire des asanas ou manquez de temps, ce n’est pas un problème. La méditation reste la priorité si votre temps est limité. Si vous avez le temps pour deux pratiques, privilégiez le pranayama et la méditation. Avec trois pratiques, ajoutez les asanas

Cela ne signifie pas qu’une pratique est meilleure qu’une autre. Si les asanas vous attirent davantage et que vous en avez besoin, par exemple pour réguler les courants d’énergie en cas de déséquilibres liés à la kundalini, c’est tout à fait valable. Cependant, si vous n’avez pas de raison impérieuse de choisir, la méditation est généralement le meilleur choix si le temps est limité, car elle nous connecte directement à la conscience de pure félicité.

Si vous n’avez pas accès à des cours, de nombreux livres et vidéos excellents sur les asanas sont disponibles. L’objectif est de trouver des exercices d’étirement et de flexion simples, à pratiquer avant le pranayama et la méditation. 

N’hésitez pas à faire plus de cinq ou dix minutes si vous le souhaitez ; les asanas peuvent même devenir une fin en soi pour certains, ce qui est tout à fait acceptable. L’essentiel est d’établir une routine quotidienne stable, sans tension ni inconfort. Si vous vous sentez bien après la pratique, c’est le signe que vous êtes sur la bonne voie et prêt à envisager d’ajouter d’autres pratiques de yoga avancées.

Postures ou pauses de yoga ?

« Postures » (Asanas) : Stabilité, Confort et Intention

Le terme sanskrit pour les postures de yoga est « asana ». La définition classique d’asana, telle qu’énoncée dans les Yoga Sutras de Patanjali (II.46), est « Sthira Sukham Asanam », ce qui se traduit par : « La posture est stable et confortable. »

Cette définition est fondamentale et sous-tend toute la philosophie des asanas :

  • Stabilité (Sthira) : La posture doit être ferme, solide, ancrée. Cela implique un engagement musculaire, un alignement juste et une présence attentive dans le corps. La stabilité physique permet de calmer le mental. Une asana suppose des des concentrations spécifiques, une localisation du souffle, et des placements précis du corps. Sa pratique requiert de l’engagement et de la rigueur.
  • Confort (Sukham) : La posture ne doit pas être une source de douleur ou de tension excessive. Il s’agit de trouver un équilibre entre l’effort et le relâchement, en respectant les limites du corps. Le confort permet de rester longtemps dans la posture sans distraction. Le but de la posture est de se couler dans une forme, en privilégiant l’immobilité mentale et corporelle, et la régularité du souffle qui s’affine avec la durée de l’asana.
  • Intention et Contemplation : Le but d’un asana n’est pas seulement l’exercice physique. En maintenant une posture stable et confortable, le pratiquant est invité à tourner son attention vers l’intérieur, à observer son souffle, ses sensations, et à calmer les fluctuations du mental. Les asanas sont une préparation à des états méditatifs plus profonds. C’est une discipline qui unit le corps et l’esprit. Chaque posture est une occasion d’explorer la relation entre le corps physique, l’énergie (prana) et la conscience.

Ainsi, parler de « postures de yoga », c’est reconnaître cette double dimension : l’ancrage physique (le corps posé) et l’élévation spirituelle (l’esprit apaisé).

« Pauses », ou « postures » ?

Eric Baret, enseignant du yoga du Cachemire dans la tradition non-dualiste, utilise le terme « pause » plutôt que « posture » pour des raisons philosophiques profondes qui reflètent sa vision particulière du yoga.

Cette approche propose de « se donner à l’écoute ». Dans sa vision, le corps sait naturellement où il a besoin d’être. La « pause » devient alors un moment d’écoute profonde où l’on permet au corps de révéler sa sagesse intrinsèque plutôt que de lui imposer une forme prédéterminée.

Dans le yoga selon Eric Baret, « tout est mouvement : pour comprendre le mouvement, il faut également pressentir le non-mouvement » La pause représente ce non-mouvement conscient, cet espace où l’action cesse pour laisser place à l’être.

Cette approche s’éloigne du yoga performatif pour embrasser un yoga de la présence, où chaque « pause » devient une invitation à reconnaître la conscience qui observe, plutôt qu’à perfectionner une forme corporelle. C’est ainsi que le yoga redevient, selon ses mots, un « art de la liberté » et de « l’éveil ».

Le mot « pause » en français signifie un arrêt, un repos temporaire, ou une interruption d’activité. Il vient de l’anglais « pose » qui peut aussi signifier une posture (comme « poser pour une photo »), mais en français, « pause » évoque davantage l’idée de s’arrêter momentanément.

Jouer sur les mots, en utilisant le terme « pause de yoga » est donc tentant :

  • Une ouverture à ce qui est plutôt qu’une recherche de ce qui devrait être
  • Un arrêt naturel, comme une respiration qui se suspend d’elle-même
  • Une cessation spontanée plutôt qu’une construction mentale
  • Un moment de disponibilité où le corps trouve son équilibre sans contrainte

Pour autant, il est également trompeur pour plusieurs raisons :

  • Manque de Précision : Il ne véhicule pas la notion de stabilité, de confort et d’engagement intentionnel qui est au cœur de l’asana.
  • Connotation Éphémère : Une « pause » suggère quelque chose de court et de transitoire, alors qu’une posture de yoga est maintenue avec une certaine durée et une attention soutenue.
  • Oubli de la Dimension Profonde : Le mot « pause » ne rend absolument pas compte de la philosophie du yoga qui voit l’asana comme un outil pour l’introspection, la méditation et la connexion corps-esprit, bien au-delà d’un simple mouvement ou arrêt.

Cela dit, on pourrait reprocher au terme « posture » son aspect rigide et superficiel (à rapprocher de son opposé « l’imposture »). Le terme « posture » peut suggérer quelque chose de figé, de maintenu, d’acquis – une forme que l’on « prend » et que l’on maintient.

Il implique une démarche volontaire, un effort, une recherche de perfection formelle. Ce qui n’est pas l’esprit du yoga, où il s’agirait de se donner à une posture, plutôt que de « prendre une posture ». La laisser infuser, plutôt que de vouloir quoi que ce soit. S’ouvrir à une invitation plutôt que de contrôler à partir du mental et de l’ego…

Le langage est de toutes façons imparfait pour traduire le concept d’Asana. Souvent, c’est donc cette terminologie sanskrite qui est employée.