Yoga 5 août 2026

Le chakra racine (Mūlādhāra) : pourquoi son symbole contient-il un carré et un triangle inversé ?

Le premier chakra est probablement le plus mal compris. Beaucoup de livres le résument à la sécurité, à l’argent ou aux besoins fondamentaux. Cette interprétation psychologique, bien qu’utile dans certains contextes, est très éloignée de la richesse des textes traditionnels.

Dans le TantraMūlādhāra représente avant tout le point de départ de la conscience incarnée.

Son nom est composé de deux mots sanskrits :

  • Mūla (मूल) : la racine, l’origine, le fondement.
  • Ādhāra (आधार) : le support, le socle, ce qui soutient.

Le nom complet signifie donc :

« Le support de la racine » ou « le fondement de toute l’existence ».

C’est à cet endroit que repose la Kundalinī, figurée sous la forme d’un serpent lové sur lui-même, attendant d’être éveillé.

Le symbole du chakra racine

Le yantra de Mūlādhāra est composé de plusieurs éléments :

  • un lotus à quatre pétales ;
  • un carré jaune ;
  • un triangle rouge pointé vers le bas ;
  • le mantra LAM ;
  • un éléphant à sept trompes dans certaines représentations traditionnelles ;
  • le serpent Kundalinī enroulé autour du Liṅga.

Aucun de ces éléments n’a été choisi au hasard.

Ils constituent un véritable langage symbolique.

Pourquoi le chakra racine contient-il un carré ?

Le carré est la figure géométrique la plus stable.

Ses quatre côtés sont égaux.

Ses quatre angles sont parfaitement équilibrés.

Depuis des millénaires, il symbolise :

  • la Terre ;
  • la stabilité ;
  • la solidité ;
  • la permanence ;
  • l’incarnation.

Dans de nombreuses traditions, le monde matériel est représenté par un carré.

On retrouve cette idée :

  • dans les quatre points cardinaux ;
  • les quatre saisons ;
  • les quatre éléments antiques occidentaux ;
  • les quatre fleuves du paradis dans certaines traditions ;
  • les quatre animaux sacrés de la Chine ancienne.

Le carré exprime donc un univers organisé.

Dans le chakra racine, il rappelle que toute évolution spirituelle commence par un solide ancrage dans la réalité.

Le yogi ne cherche pas à fuir la Terre.

Il cherche au contraire à l’habiter pleinement.

Cette idée rejoint d’ailleurs une célèbre phrase attribuée au maître zen Shunryu Suzuki :

« Avant l’éveil, couper du bois et porter de l’eau. Après l’éveil, couper du bois et porter de l’eau. »

L’expérience spirituelle ne consiste pas à quitter le monde.

Elle consiste à y être pleinement présent.

Le triangle inversé : pourquoi pointe-t-il vers le bas ?

C’est l’un des symboles les plus fascinants du Tantra.

Dans presque toutes les traditions ésotériques, le triangle orienté vers le haut évoque l’élévation.

Celui orienté vers le bas représente la descente.

Dans le chakra racine, le triangle inversé symbolise plusieurs réalités simultanément.

La descente de la conscience dans la matière

Selon la cosmologie tantrique, l’univers naît lorsque la conscience infinie accepte de se manifester dans la matière.

Le triangle dirigé vers le bas représente cette incarnation.

Autrement dit :

l’esprit devient matière.

L’infini devient limité.

Le potentiel devient expérience.

Le principe féminin

Le triangle descendant représente également Śakti, la puissance créatrice.

Dans la tradition indienne, Śiva symbolise la conscience immobile.

Śakti représente l’énergie qui anime l’univers.

Sans Śakti, rien ne bouge.

Sans Śiva, rien n’a de direction.

Toute la philosophie tantrique repose sur cette complémentarité.

Le chakra racine rappelle ainsi que la vie naît toujours de l’union de la conscience et de l’énergie.

Pourquoi le lotus possède-t-il quatre pétales ?

Cette question revient souvent.

Pourquoi quatre ? Pourquoi pas cinq ou huit ?

Les textes traditionnels donnent plusieurs niveaux de lecture.

  • Le premier est phonétique. Chaque pétale porte une lettre de l’alphabet sanskrit, qui représentent des vibrations fondamentales de la création :
    • व (Va)
    • श (Śa)
    • ष (Ṣa)
    • स (Sa)
  • Le second niveau est psychologique. Les quatre pétales évoquent les premières fonctions de la conscience incarnée. Plusieurs écoles proposent des interprétations légèrement différentes. On y retrouve notamment :
    • la stabilité ;
    • la survie ;
    • l’enracinement ;
    • la continuité de la vie.
  • Le troisième niveau est cosmologique. Le chiffre quatre est omniprésent dans les traditions anciennes. Il évoque :
    • les quatre directions (et donc les 4 éléments);
    • les quatre dimensions de l’espace vécu ;
    • les quatre phases du cycle solaire ;
    • les quatre piliers du monde.

Le chakra racine est ainsi présenté comme la base sur laquelle repose toute l’architecture énergétique.

Le serpent de la Kundalinī

Impossible de comprendre Mūlādhāra sans parler du serpent sacré.

Dans les textes tantriques, la Kundalinī est décrite comme un serpent endormi enroulé trois fois et demie autour d’un Liṅga lumineux.

Pourquoi un serpent ?

Parce qu’il représente une énergie potentielle. Le serpent paraît immobile. Mais il peut se détendre avec une vitesse fulgurante. Cette image illustre parfaitement l’énergie latente présente chez tout être humain.

Le serpent est également un symbole universel de transformation, dans la mesure où il abandonne régulièrement son ancienne peau. Il renaît continuellement.

Dans de nombreuses cultures, il représente :

  • la guérison ;
  • la sagesse ;
  • la régénération ;
  • l’immortalité.

Le célèbre bâton d’Asclépios, symbole de la médecine moderne, utilise lui aussi un serpent enroulé.

Quel est le mantra du chakra racine ?

Le bīja mantra de Mūlādhāra est : LAM

Le mot bīja signifie : « graine ».

Selon la tradition indienne, ces syllabes ne sont pas des mots ordinaires. Elles sont considérées comme les vibrations originelles de chaque centre énergétique.

Le son LAM est prononcé lentement.

  • Le « L » met en mouvement la langue.
  • Le « A » ouvre la cage thoracique.
  • Le « M » produit une résonance qui se diffuse dans le bassin.

Dans certaines traditions, les pratiquants visualisent simultanément le carré jaune, le lotus rouge et la vibration sonore afin d’unifier la respiration, l’attention et l’imaginaire.

Le saviez-vous ?

Une étude de revue publiée dans Frontiers in Psychology (2021) indique que la répétition de mantras est associée à une diminution de la rumination mentale, une amélioration de l’attention et une réduction de certains marqueurs du stress. Les mécanismes semblent impliquer la respiration rythmée, la focalisation de l’attention et l’activation de réseaux cérébraux liés à la régulation émotionnelle. Ces travaux portent sur la récitation de mantras en général et ne démontrent pas d’effet spécifique des bīja mantras des chakras.

Le chakra racine dans la pratique du Qi Gong

Même si les traditions indienne et chinoise sont différentes, il existe des résonances intéressantes.

En Qi Gong, l’enracinement est une qualité fondamentale.

Le pratiquant apprend à :

  • sentir le poids du corps descendre dans les pieds ;
  • relâcher le bassin ;
  • laisser le souffle s’approfondir ;
  • développer une stabilité calme avant de rechercher une circulation plus subtile du Qi.

Cette qualité rappelle la fonction symbolique de Mūlādhāra : établir une base solide avant toute transformation. Il ne s’agit pas d’une équivalence historique entre chakras et méridiens, mais d’une analogie fonctionnelle qui peut éclairer le pratiquant.

Le maître ne cherche jamais à « monter l’énergie » avant d’avoir cultivé la stabilité. Cette idée se retrouve aussi bien dans le Hatha Yoga traditionnel que dans les arts internes chinois.

Dans le chapitre suivant, nous explorerons Svādhiṣṭhāna, le chakra sacré, et répondrons à une autre question essentielle : pourquoi son symbole contient-il un croissant de lune et que représente réellement l’élément Eau dans la tradition tantrique ?

Voici les articles que nous allons publier au fur et à mesure sur les autres chakras :