Yoga 6 juin 2026

« Soham » et « Hamsa » (le mantra de l’unité)

Respirer : un geste si banal qu’on en oublie la puissance. Chaque jour, nous respirons plus de 20 000 fois, souvent sans en avoir conscience. Pourtant, ce simple mouvement est une interface extraordinaire entre le corps, le mental et la conscience.

Les traditions spirituelles de l’Inde ont depuis des millénaires compris ce que la science redécouvre aujourd’hui : le souffle est un levier direct sur notre système nerveux, notre équilibre émotionnel et notre état de présence.
Les neurosciences confirment qu’en régulant la respiration — notamment par l’allongement de l’expiration — on agit sur le nerf vague, favorisant la détente, la concentration et même la cohérence cardiaque (Stephen Porges, Polyvagal Theory, 2011 ; HeartMath Institute, 2022).

Mais au-delà de ses bienfaits physiologiques, la respiration est un pont vers le sens. Chaque souffle peut devenir une prière silencieuse, un retour à l’essentiel.
C’est là qu’intervient le mantra Soham, littéralement : Je suis Cela. Deux syllabes simples, portées par le va-et-vient du souffle, qui rappellent à chaque instant notre appartenance à la vie.

Soham n’est pas une croyance : c’est une expérience.

À travers lui, on n’apprend pas à « mieux respirer » seulement — on apprend à habiter son souffle, à écouter le mouvement même de la vie.

Soham est un mantra naturel, universel, au-delà de toute croyance. Il exprime la nature essentielle de l’Être. C’est un mantra fondamental pour le yogi, mais aussi pour quiconque cherche à habiter sa respiration. Nous le prononçons sans le savoir à chaque instant : So à l’inspiration, Ham à l’expiration. Quand la respiration devient consciente, Soham s’éveille et agit comme un rappel silencieux de notre unité avec le Tout.

Le souffle, le plus fin des ponts entre le corps et l’esprit

Le souffle est le plus subtil des liens entre le corps et l’esprit. Lorsqu’on tente de méditer, il est fréquent que le corps soit tendu et le mental agité. Le système nerveux se trouve alors au cœur de cette tension, oscillant entre crispation physique et bruit mental.

Or, l’un des moyens les plus directs de réguler ce système nerveux — et, par extension, de détendre le corps et d’apaiser le mental — est la respiration consciente.

Les yogis le savent depuis des millénaires, et cette vérité est désormais confirmée par les neurosciences et la psychologie contemporaines. De nombreuses études, notamment celles de Richard Brown et Patricia Gerbarg (Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2005), montrent que la respiration lente et régulière réduit le cortisol, régule le rythme cardiaque et favorise la cohérence émotionnelle.

La valeur du mantra Soham et du souffle

Soham est l’une des pratiques les plus simples et les plus efficaces pour entraîner la respiration et harmoniser le système nerveux. Pratiqué à un rythme lent et régulier, avec une expiration légèrement plus longue que l’inspiration, ce mantra calme le mental, relâche les tensions et rééquilibre l’énergie vitale.
Il peut se pratiquer silencieusement, mentalement, ou en ajapa japa, la répétition naturelle qui s’installe d’elle-même lorsque la conscience du souffle devient constante.

Soham et la respiration diaphragmatique

Associer le mantra Soham à la respiration diaphragmatique renforce considérablement ses effets.
Placez votre attention dans la zone juste sous le sternum, à hauteur du plexus solaire.
– À l’expiration, sur Hammmmmm, sentez cette zone se rétracter doucement, permettant une expiration complète.
– À l’inspiration, sur Sooooooo, ressentez le ventre se gonfler et les côtes inférieures s’écarter légèrement vers les côtés.
Le souffle devient fluide, sans heurts, ni pauses. L’expiration se fond naturellement dans l’inspiration et inversement.
Cette pratique peut se faire assis ou allongé, en posture du cadavre (Shavasana).

Soham et le souffle le long de la colonne vertébrale

Une approche plus subtile consiste à synchroniser le mantra avec la respiration le long de la colonne — pratique souvent associée au Kriya Yoga ou au Kundalini Yoga.

  • À l’inspiration, sentez la vibration de Sooooooo monter le long du canal subtil (Sushumna), du coccyx jusqu’au sommet du crâne.
    À l’expiration, laissez la vibration de Hammmmmm descendre lentement jusqu’au périnée.
  • Visualisez un mince courant d’énergie circulant entre la base et la couronne, une lumière blanche subtile qui monte et descend avec le souffle.

Qu’elle soit perçue ou non, cette visualisation renforce la circulation énergétique et l’union du corps, du souffle et de l’esprit.

Soham au niveau des narines

Une autre pratique consiste à se concentrer sur le souffle au point de passage de l’air, à la racine du nez.
Ressentez le contact subtil de l’air à l’inspiration (Sooooooo) et à l’expiration (Hammmmmm).
Cette méditation stabilise le mental, affine la perception et conduit progressivement à la conscience du Prana, l’énergie vitale sous-jacente.
Allongez doucement l’expiration jusqu’à ce qu’elle dure environ deux fois plus que l’inspiration.

Ordre des pratiques

Ces trois approches peuvent être pratiquées successivement, allant du plus concret au plus subtil :
commencez par la respiration diaphragmatique avec Soham, poursuivez avec la respiration le long de la colonne, puis terminez par la méditation sur le souffle au niveau des narines.
Cette progression conduit naturellement l’attention vers l’intériorité et l’unité du souffle et de la conscience.

Le souffle comme science : Swarodaya

Dans la tradition sanskrite, la science du souffle se nomme Swarodaya.
Swara signifie « onde sonore » et udaya, « élévation » ou « océan ».
Ainsi, Swarodaya désigne la science des ondes du son dans l’océan de la conscience.
Chaque souffle répète le mantra So-ham, So-ham, comme les vagues de la mer murmurant : Je suis Cela, Je suis Cela…

Du mot au son, du son au silence

Le son crée la vibration, la vibration forme la parole, et la parole porte un sens.
En méditant sur Soham, on suit le chemin inverse : on remonte du mot vers le son, du son vers la vibration, et de la vibration vers le silence d’où tout provient.

Au début, le mantra a une forme sonore et un sens mental. Puis vient la sensation du mantra, plus subtile encore. Enfin, demeure la présence silencieuse — la conscience pure.
C’est là que le sens profond du mantra Soham se révèle : non plus compris, mais vécu.

L’art de l’attention

La clé de la méditation n’est pas d’éliminer les pensées, mais de cultiver une attention continue au souffle.
Écouter le So-ham du souffle, c’est comme écouter la voix d’un ami cher dans une pièce pleine de bruit : la clarté vient de la qualité d’écoute…

Ainsi, on laisse le mental vivre sa vie, tout en restant fidèle au murmure intérieur du souffle : so-ham, so-ham…
Cette attention relie les plans du corps, de l’énergie et de la conscience.

Soham et l’harmonisation des chakras

Lorsque l’on fait monter et descendre la conscience avec le souffle et le mantra Soham le long de la Sushumna, les chakras s’équilibrent naturellement.
Cette harmonisation crée une paix intérieure stable, propice à l’état méditatif profond.

Souffler sur le feu intérieur

La respiration est l’expression de l’énergie Kundalini.
En répétant So-ham, So-ham, on souffle doucement sur la braise du feu intérieur (Kundalini-shakti), comme on ranime un feu prêt à s’éveiller.
Peu à peu, la flamme grandit, éclaire et purifie — (jusqu’à embraser toute la conscience, d’après ce que disent les textes fondateurs).

Hamsa : le miroir de Soham

Dans les textes traditionnels (comme la Gheranda Samhita ou la Hatha Yoga Pradipika), il est dit que tout être vivant répète continuellement un mantra sans s’en rendre compte : c’est le Japa spontané (Ajapa-Japa).

On dit que So-Ham (So−Ham) et Hamsa (Ham−sa) sont les deux faces d’une même pièce, mais leur inversion change la perspective de la conscience.

Le mantra Soham peut se lire en sens inverse : Hamsa. Ces deux mantras forment un couple d’opposés complémentaires, deux voies vers la même réalité.
Hamsa signifie « Lui, je suis », ou « Cela, je suis ».

Dans la mythologie hindoue, le Hamsa est le cygne sacré, monture du dieu Brahmâ.
Il symbolise la capacité de l’âme à discerner le réel de l’irréel, à traverser les plans de l’existence.
On dit que Hamsa pose la question « Qui suis-je ? » et que Soham y répond : « Je suis Cela. »

La pratique de Hamsa reprend celle de Soham, mais en inversant les sons : inspirez en répétant mentalement Hammmmmm, sentez l’énergie monter depuis la base vers le sommet ; expirez sur Saaaaaaa, en la redescendant vers la base.

Nota : On retrouve ces subtilités sur le sens de la visualisation ascendante ou descendante au cours de la respiration, apparemment contradictoires, dans diverses écoles de kundalini pranayama (voir cet article sur la respiration énergétique). Là non plus, ce ne sont pas des contradictions, mais des objectifs différents qui font opter pour un sens ou l’autre.

Quand le yogi s’assoit pour méditer, il décide de renverser le flux ordinaire de l’attention pour ne plus s’identifier au monde extérieur, mais à la Source. On inverse alors l’ordre de focalisation :

  • So (L’inspiration) : Sah signifie « Cela » (la Conscience Pure, le Tout). En inspirant sur So, vous absorbez consciemment l’immensité de l’Univers. Vous dites : « Je me remplis de Cela ».
  • Ham (L’expiration) : Aham signifie « Je » (l’ego, l’individualité). En expirant sur Ham, vous abandonnez votre petit moi, vous dissolvez les tensions et les limites individuelles dans le grand Tout.

Le sens profond de So-Ham : Traduit littéralement, So-Ham signifie « Je suis Cela » (Sah = Cela, Aham = Je). En plaçant So sur l’inspiration, on commence par le Divin/l’Universel pour l’amener à l’intérieur de soi (voir aussi : « Ellam Onru« )

Les deux pratiques se complètent, l’une attirant l’énergie vers l’intérieur, l’autre la diffusant vers l’extérieur, dans un cycle d’unité et de retour. Il n’y a pas d’erreur ou de contradiction. 

  • Hamsa est la respiration de la vie telle qu’elle se déploie de l’intérieur vers l’extérieur. 
  • So-Ham est la technique du yogi qui utilise le même souffle, mais en inversant la conscience de la polarité pour revenir à la Source : Je ne suis pas ce corps ou cet ego limité (Ham), Je suis Cela (So).

Conclusion

Pratiquer Soham, c’est revenir à l’essentiel, à ce souffle qui nous traverse et nous relie au Tout. Chaque inspiration et chaque expiration deviennent un rappel silencieux de notre unité avec la vie.

Au fil de la pratique, le mental s’apaise, le corps se détend et la conscience s’éveille. Le mantra, simple et naturel, nous guide vers un état de présence totale, où l’expérience prime sur le concept.

Soham n’est pas seulement une technique : c’est un chemin vers l’harmonie intérieure, un outil pour écouter le murmure profond de notre être et sentir, à chaque souffle, que nous sommes déjà en connexion avec l’univers.

Lire à ce propos le livre : « Je suis cela » de Shri Muktananda


Paul Devaux Coach de dirigeants, professeur de Qi-Gong et de yoga

Pour approfondir ces pratiques ou pour un accompagnement personnalisé, vous pouvez me contacter. La transformation n’attend que votre décision.

Questions posées par des élèves avancés

1- Quelle est la différence entre le mantra que Yogini recommande pour la méditation profonde « ayam » et le mantra Hamsa. Est-ce que ce sont deux versions du même mantra orthographié phonétiquement différemment ,ou est-ce que ce sont deux choses complètement différentes ?

Ce sont deux mantras fondamentalement différents, tant sur le plan de leur signification, de leur origine textuelle, que de leur impact vibratoire et physiologique. Ils ne s’agit pas de variantes orthographiques ou phonétiques d’un même mot.

Voici ce qui les distingue précisément :

Le mantra Ayam (ou Aham)

Ce mantra est directement lié aux grandes affirmations de la philosophie non-duelle (Vedanta), en particulier à la Mahavakya (grande parole) des Upanishads : « Aham Brahmasmi » (Je suis le Tout / la Conscience Pure).

  • Signification littérale : Aham signifie littéralement « Je » ou « Je suis » en sanskrit. L’orthographe « Ayam »renvoie à une vibration proche qui signifie « Ceci » (le Soi présent ici-même).
  • Mécanisme en méditation : C’est un mantra de concentration purement mentale et spirituelle. Il est utilisé pour ramener l’esprit à la source de la conscience de soi, au-delà de l’ego, du mental et du corps. C’est l’affirmation de la pure existence.
  • Pratique : Il est souvent répété mentalement indépendamment du rythme biologique, ou posé sur le souffle de manière purement conceptuelle pour s’installer dans le « Témoin silencieux ».

Le mantra Hamsa (ou Hamza / Soham)

Le mantra Hamsa est un mantra physiologique et naturel, central dans les lignées du Yoga Traditionnel, du Kundalini et du Tantra. On l’appelle le mantra Ajapa-Japa (la récitation spontanée), car c’est le son que le corps produit naturellement à chaque cycle respiratoire.

  • Signification littérale et symbolique : Hamsa signifie « le Cygne blanc », symbole de l’âme (Atman) et du discernement spirituel. Inversé, il devient Soham (Sah = Cela, Aham = Je), ce qui se traduit par « Je suis Cela ».
  • Le lien indissociable avec le Souffle : Contrairement à AyamHamsa est structurellement fusionné avec l’acte respiratoire :
    • « Ham » est la vibration naturelle de l’inspiration.
    • « Sa » est la vibration naturelle de l’expiration.
  • Mécanisme en méditation : C’est un outil puissant de régulation du système nerveux et du Prana (l’énergie). En plaçant l’attention sur Ham à l’inspire et Sa à l’expire, on harmonise les courants énergétiques (Ida et Pingala), ce qui induit spontanément un état de calme mental et de méditation profonde par la voie du corps.

Lequel choisir ?

Bien que les deux mènent au même but ultime — l’expérience de la conscience pure —, le chemin emprunté est distinct :

CaractéristiqueMantra Ayam (Aham)Mantra Hamsa
ApprocheEssentiellement mentale / Jñana Yoga (Voie de la connaissance).Physiologique et énergétique / Prana Yoga (Voie de l’énergie).
AncrageFocalisé sur la conscience d’exister (Je suis).Fusionné avec le rythme du souffle (Ham à l’inspire, Sa à l’expire).
Effet immédiatIntériorisation directe, détachement des pensées.Apaisement du système nerveux, régulation du flux d’énergie.

Si vous cherchez une méditation qui utilise le corps et le souffle comme véhicule pour calmer un mental agité, Hamsa est particulièrement adapté. Si vous préférez une immersion directe dans le silence de l’esprit sans vous focaliser sur le support respiratoire, Ayam sera un excellent choix.

2- Par habitude sans doute, je ne parviens pas à dissocier à Ayam de mon cycle respiratoire. Soit je fais plusieurs Ayam sur l’inspire et plusieurs Ayam sur l’expire soit un seul ayam dans chaque phase, mais je ne peux pas dissocier les deux, j’ai toujours conscience de la respiration en même temps que je prononce et j’écoute le mot Ayam… 

C’est une réaction tout à fait naturelle. Quand on a l’habitude de pratiquer le Pranayama ou des méditations rythmées sur le souffle (comme avec Hamsa), le système nerveux et le mental créent un automatisme très fort. Vouloir dissocier de force le mantra de la respiration crée souvent une tension, ce qui est l’inverse du but recherché en méditation profonde.

Il n’y a absolument rien de mal à ce que Ayam s’invite dans votre cycle respiratoire. Au contraire, vous pouvez utiliser cette structure à votre avantage, sans bloquer le processus.

Voici comment vous pouvez aborder cette cohabitation, selon ce qui vous semble le plus fluide :

Option 1 : Le calage « Un pour Un » (La fluidité)

Puisque vous arrivez à faire un Ayam à l’inspire et un Ayam à l’expire, c’est l’option la plus harmonieuse pour le système nerveux.

  • Laissez le souffle être totalement libre (ne forcez pas une respiration ventrale ou ujjayi si cela demande un effort).
  • Laissez le mantra s’étirer sur toute la durée de l’inspire, et sur toute la durée de l’expire.
  • Dans cette approche, Ayam devient une sorte de berceuse qui régule le flux.

Option 2 : Le glissement vers l’arrière-plan (Le lâcher-prise)

Si vous saturez votre respiration avec plusieurs Ayam, le mental reste très actif à « scander » le rythme. Pour aller vers la méditation profonde, tentez plutôt ceci :

  1. Le mantra au premier plan : Au début, écoutez consciemment le mantra se synchroniser avec le souffle.
  2. Le déplacement de l’attention : Progressivement, au lieu de vous concentrer sur le mouvement du souffle ou sur l’action de répéter, portez toute votre attention sur l’espace de silence qui accueille à la fois le souffle et le mantra.
  3. Le souffle continue sa vie de manière automatique, le mantra continue de vibrer en arrière-plan, mais votre conscience se place dans le rôle du témoin immobile.

L’approche « Non-Duelle » : Tout est un

Dans la perspective de la philosophie derrière Ayam, le souffle et la pensée ne sont pas séparés de la conscience. Avoir conscience de la respiration en même temps que vous écoutez le mantra n’est pas un obstacle.

Laissez le mot Ayam (« Je suis » ou « Ceci ») être l’arrière-plan de tout ce qui apparaît : le souffle qui entre, le souffle qui sort, le son du mantra. Vous n’avez pas besoin de chasser la conscience du souffle (ou même des pensées qui surgissent à l’avant-plan, tandis que vous prononcez mentalement votre mantra); laissez simplement le souffle et les contenus du mental être enveloppés par la vibration du mantra.

Si la synchronisation se fait toute seule, laissez-la faire. Le mental finira par se lasser de surveiller le rythme et s’enfoncera naturellement dans le silence.

3-Je peux pratiquer Hamsa en marchant dans la rue ou dans le métro. Par contre le but de AYAM ne me paraît pas compatible avec une activité horizontale ordinaire.

C’est une intuition d’une grande justesse, et vous touchez là exactement à la différence de nature profonde entre ces deux pratiques. Votre ressenti confirme la distinction technique entre un mantra énergétique/vital (Hamsa) et un mantra purement métaphysique (Ayam).

Hamsa : Le mantra de la vie en mouvement (Prana)

Hamsa (ou Soham) est le son de la force vitale (Prana). Tant que le corps vit, il respire ; et tant qu’il respire, il vibre Hamsa.

  • Puisqu’il est structurellement lié au souffle et au système nerveux, il s’adapte parfaitement au mouvement, à la marche ou à l’environnement dynamique du métro.
  • Pratiquer Hamsa dans le métro, c’est comme jeter une ancre au fond de l’océan pendant une tempête : l’environnement s’agite, le corps marche, mais le flux du souffle vous ramène constamment à votre centre biologique et énergétique. C’est un mantra de présence incarnée.

Ayam : L’invitation à la dissolution (Conscience pure)

Ayam (ou Aham) n’a pas pour but de réguler l’énergie du corps dans le monde, mais de ramener la conscience à sa source absolue, là où le monde manifesté n’existe plus.

  • L’incompatibilité avec l’action : Si vous pratiquez Ayam avec la profondeur requise, le focus bascule sur le « Je Suis » intemporel. Les repères sensoriels s’estompent, la notion du corps s’efface, et l’espace-temps se dissout. Essayer de maintenir cet état tout en marchant ou en surveillant sa station de métro est non seulement contradictoire, mais presque impossible (ou dangereux !).
  • C’est un mantra de verticalité pure, qui exige l’immobilité physique (la posture assise classique) pour que l’esprit puisse plonger dans le silence sans être rappelé à l’ordre par les nécessités de la survie ou du mouvement.

Votre distinction est pertinente :

  • Utilisez Hamsa comme un outil de centrage pour traverser le quotidien, le mouvement et « l’horizontalité » de la vie ordinaire. Il spiritualise l’action.
  • Réservez Ayam pour vos moments d’immobilité totale, sur le coussin de méditation, lorsque vous fermez la porte au monde extérieur pour glisser vers le Sans-Forme.

4- Pour Hamsa (ou So-ham), si je comprends bien: : d’une part, on peut pratiquer Ham sur l’inspire et Sa sur l’expire ou bien l’inverse. Et d’autre part, on peut monter la conscience dans la colonne vertébrale sur l’inspire ou bien au contraire la descendre. Peux-tu m’expliquer le croisement de ces quatre cas de figure ?

En croisant le sens du mantra (Ham/Sa ou Sa/Ham) et le mouvement de l’attention dans la colonne (Ascendant ou Descendant), on touche aux dynamiques les plus subtiles du Prana Vidya (la science de l’énergie).

Chaque combinaison modifie profondément la polarité de l’exercice et son impact sur le système nerveux. En énergétique indo-tibétaine, la colonne vertébrale est le canal central (Sushumna). L’inspire et l’expire y font circuler deux forces majeures : 

  • Prana (l’énergie ascendante, l’absorption, le haut)
  • et Apana (l’énergie descendante, l’ancrage, l’élimination, le bas).

(N’oublions pas non plus que Shiva est symboliquement localisé au sommet du crâne, tandis que sa parade Shakti est lovée au bas de la colonne. La visualisation du parcours entre le bas et le sommet de la colonne relie les deux polarités.)

Voici l’explication « technique » des 4 cas de figure nés de ce croisement :

Bloc A : La structure naturelle (Ham à l’inspire / Sa à l’expire)

C’est la transmission traditionnelle de votre lignée. Elle est dite « naturelle » car le son Ham est physiologiquement lié à l’aspiration et Sa à l’expiration.

Cas n°1 : Ham (Inspire / Ascendant) → Sa (Expire / Descendant)

  • Le mouvement : Vous inspirez en vibrant Ham et en faisant monter l’attention de la base du coccyx (Muladhara) vers le sommet du crâne ou l’espace entre les sourcils (Ajna). Vous expirez en vibrant Sa en redescendant vers la base.
  • L’effet recherché : L’Équilibre parfait (Sattva). C’est le cycle microcosmique le plus harmonieux. La montée à l’inspire éveille la clarté mentale et verticalise la conscience. La descente à l’expire ramène l’énergie à la terre, offrant un ancrage profond.
  • Idéal pour : La pratique quotidienne, la marche, le métro, ou pour stabiliser un mental anxieux sans l’endormir.

Cas n°2 : Ham (Inspire / Descendant) → Sa (Expire / Ascendant)

  • Le mouvement : Vous inspirez en vibrant Ham mais vous poussez l’attention vers le bas, du crâne vers la base. Vous expirez en vibrant Sa en faisant remonter l’attention de la base vers le sommet.
  • L’effet recherché : L’Enracinement et la thésaurisation de l’énergie. Forcer l’énergie de l’inspire (Prana) à descendre vers la base permet de nourrir Apana et de stimuler le feu digestif et l’énergie vitale basse. La remontée à l’expire libère et subtilise cette énergie accumulée.
  • Idéal pour : Les moments de grande fatigue physique, de dispersion, ou lorsque vous vous sentez « trop dans la tête » (excès de mental). Cela ramène littéralement la conscience dans le bassin.

Bloc B : La structure inversée (Sa à l’inspire / Ham à l’expire)

Dans ce bloc, le mantra devient Soham (Sah à l’inspire, Aham à l’expire). C’est une inversion technique puissante, souvent utilisée pour inverser le cours habituel des pensées et de l’énergie.

Cas n°3 : Sa (Inspire / Ascendant) → Ham (Expire / Descendant)

  • Le mouvement : Vous inspirez avec le son Sa en montant dans la colonne, et vous expirez avec le son Ham en descendant.
  • L’effet recherché : L’Intériorisation et la dissolution (Pratyahara). Sah signifie « Cela » (l’Absolu). En aspirant « Cela » vers le haut, vous détachez la conscience du monde sensoriel pour la suspendre dans les centres supérieurs. L’expire Ham (« Je ») redescend purifier l’ego en le baignant dans cette conscience supérieure.
  • Idéal pour : Précéder une phase d’immobilité totale, ou pour se couper des stimuli agressifs d’un environnement bruyant (comme un transport en commun bondé).

Cas n°4 : Sa (Inspire / Descendant) → Ham (Expire / Ascendant)

  • Le mouvement : Vous inspirez avec le son Sa en descendant vers la base, et vous expirez avec le son Ham en montant vers le sommet du crâne.
  • L’effet recherché : L’Élévation spirituelle et l’Éveil (Kundalini Shakti). C’est la combinaison la plus « verticalisante » et polarisante. En amenant l’inspire (Sa) à la base, on vient presser et éveiller l’énergie dormante. À l’expire (Ham / le Soi), on fait jaillir cette force vers le haut de la colonne pour l’offrir aux centres de la conscience pure.
  • Idéal pour : Une assise méditative formelle et silencieuse. Elle peut être trop stimulante ou déconnectante si elle est pratiquée au milieu d’une activité ordinaire.

Tableau de synthèse pour votre pratique

Mantra (Inspire / Expire)Mouvement Attention (Inspire / Expire)Effet principal sur le système nerveuxContexte idéal
Ham / Sa (Traditionnel)Ascendant / DescendantHarmonisation globale, centrage immédiat.Partout, marche, quotidien.
Ham / Sa (Traditionnel)Descendant / AscendantAncrage puissant, recharge d’énergie basse.Fatigue, stress mental.
So/ Ham (Hamsa Inversé s’écrit Soham en sanskrit)Ascendant / DescendantRetrait des sens, bulle de protection.Environnement saturé (métro).
So / Ham (Inversé)Descendant / AscendantVerticalisation, éveil de l’énergie subtile.Assise immobile, fin de séance.

Le conseil du pratiquant : Votre corps sait déjà faire. Si vous testez ces croisements, ne forcez jamais le rythme respiratoire pour l’adapter au mouvement visuel. Laissez la respiration donner le tempo, et invitez simplement l’attention (la conscience) à glisser le long du canal central comme une perle de lumière. En ce sens, cela rejoint les exercices de la petite circulation céleste, ou orbite microcosmique du Qi-Gong









Pour aller plus loin : Le Pranayama, la science du souffle